23 octobre 2006
une visite chez les mémères
Que fait une fille des villes qui se rend à la campagne un dimanche après-midi ? Convaincue qu'elle aura à crapahuter dans des sentiers bourbeux, glisser dans des fossés sournois et enjamber de méchantes clôtures, l'ignorante créature chausse ses godillots les plus délicats. Et hop, en route vers Les Laines du Mouchon...
Bah bah bah. En guise de campagne-qui-tache, nous arrivâmes dans une charmante maison, entourée d'un très joli jardin et de vertes et avenantes pâtures. C'est pas compliqué, chez Florence même les brebis sont propres!
Car oui, c'est Florence et toutes ses mémères qui nous accueillaient ce jour-là à l'occasion des Portes Ouvertes de l'Artisan...
Hé oui. Toute à sa hâte de nous présenter les fifilles, voilà Florence qui d'une pâture à l'autre n'avait pas emporté assez de croûtons de pain. Déception dans la prairie.
Pas rancuniers, les moutons se sont quand même laissé caresser, mais certains sont plus farouches que d'autres. Et tous ont une toison bien à eux!
Ils ont des petites têtes bien dures et de beaux yeux dorés... Promis, la prochaine fois on arrive avec la huche à pain, les gars!
(Notez bien que tout le monde n'est pas sur la photo; Florence s'occupe à présent de 41 moutons! Vous pouvez déjà éplucher vos tartines...)
Dans sa maison lumineuse, Florence avait disposé ses créations de filage et de feutrage, et nous avait préparé tout le matériel pour jouer à la petite fileuse... Toisons à toutes les étapes de la préparation, cardeuses à rouleaux, rouet de filage, rouet de retors, laines mèches... Plein de belles choses à triturer et, dans mon cas, aussi à renifler car voilà des laines qui comme dans mes vieux souvenirs ont une odeur douce et réconfortante.

Et bien sûr, nous avons voulu essayer le rouet! Hé ben, c'est plus difficile que le vélo. J'ai eu un mal de chien à faire tourner la roue dans le bon sens (les élégantes chaussures n'ont pas aidé à la finesse du pédalage, il faut le dire) Après deux tentatives de dix minutes, je suis arrivée à produire une nouille chinoise bien serrée (le contraire eût été étonnant) et puis j'ai eu des scrupules à massacrer davantage de belle laine mèche... Car ce qu'on apprend en venant voir une éleveuse - fileuse, c'est que la laine qu'elle produit mérite tout notre respect. Depuis le soin aux animaux, les étapes de préparation des toisons, le cardage, lavage, recardage, relavage, filage, teinture... quel travail! Et quel résultat chaque fois unique... Et là vraiment je vous le dis, 'faut pas gâcher...
En conclusion après mon premier essai au rouet, c'est pas encore aujourd'hui que je vais rejoindre le forum des fileuses, mais comme on sait - et surtout dans notre communauté laaargement déraisonnable - TOUT peut arriver....
Avec tout ça, le nez sur le rouet et trop occupée à palper les écheveaux, je n'ai pas photographié toutes les productions de Florence, et je regrette bien de ne pas pouvoir vour présenter entre autres ses sublimes teintes naturelles...
Merci Florence pour ton accueil et ton souci de nous donner et expliquer le maximum de choses! Merci à Nath qui a révélé mes sales petites manies et m'a immortalisée en pleine action, à Carine qui nous a gentiment guidées sur le rouet et ...merci Viviane qui m'a accueillie à la descente de train, pilotée et très généreusement sustentée (paléolithiquement correct, s'il vous plaît) !! Une belle journée comme on les aime.

Pour acheter les productions de Florence,
des laines et des accessoires feutrés
élevés avec amour,
et une superbe ressource pour les fileuses :
Les Laines du Mouchon
Et c'est reparti pour une longue semaine sur le bitume...
Bon lainage tout le monde!
05 août 2006
la folle qui reniflait les arbres
Ah, merci tout plein pour vos commentaires, qui non seulement me remontent le moral, mais sont truffés de bonnes idées!
(Songer à emmener un tonneau de vinaigre dans le jardin. Grâce à quoi, une fois installée, je pourrai lire Karel Capek à mon aise en tricotant du liseron. Yes!!)

Autre développement étrange de mon nouvel état de jardinaute : depuis que je sais que j'ai deux arbres envahissants chez moi (les sumacs), j'ai développé un intérêt saugrenu pour les envahissants végétaux.
Au début, je dois dire, il y a eu un très gros stress (misère! épouvante! il fallait que ça tombe sur moi!). Les péregrinations sur le net ne m'ont apporté que des mauvaises nouvelles : ...rien à faire... ça fait quatre générations qu'on en a dans nos prairies et on ne peut pas s'en débarasser... cette plante est pire que le chiendent... ne coupez pas, ça en fait repousser davantage... n'arrachez pas, ça en fait repousser davantage... ne respirez pas, ne regardez pas, etc...
Affolant, mais depuis lors j'ai eu l'occasion de constater que toutes les plantes indésirables n'ont de toute façon qu'une idée en tête : conquérir le monde, en commençant de préférence par vos plates-bandes. A présent, je sais. Désherber sera mon lot quotidien : sumac, houx, érable, pissenlit, sumac, trèfle, fougère, cerisier, sumac, framboisier, pissenlit, lilas, sumac, lierre, liseron, liseron, liseron, liseron, sumac. (Pardon à ceux que j'oublie, c'est juste qu'on a pas encore été présentés.)
Eh bien laissez-moi vous dire, les envahissants végétaux, c'est un vrai sujet. Consacrez deux heures de temps à vous documenter, et vous ne regarderez plus jamais un innocent talus de la même façon. Ils sont parmi nous...
Une de mes camarades de tricot et compagne de misère, est embarassée dans son jardin de renouée du japon (la Fallope Japonaise, n'ayons pas peur de l'appeler par son nom). Une forte solidarité nous lie désormais : victimes du rhizome, unissons-nous! Courage courage, chère V., quand la débroussailleuse parlera, l'affreuse verdure tremblera!
Eh bien, justement, j'ai un message de consolation pour elle : il y a moyen d'avoir encore pire dans son jardin. Depuis quelque temps, j'observe sur mon trajet quotidien un individu suspect - un grand, bel arbre - dans un jardinet à front de rue qui fait beaucoup, beaucoup de rejets. L'autre jour, inspirée par l'aspect caractéristique des graines, je froisse une feuille pour la renifler...
Horreur. C'est bien Ailanthus altissima, le cauchemar arborimorphe. L'arbre qui terrorise des milliers d'américains et détruit à lui seul des hectares de biodiversité végétale... bien sûr, ce truc pousse de plusieurs mètres par an mais encore il fait des racines tentaculaires, devient rapidement indestructible, envoie ses graines à tous les vents, fabrique des toxines souterraines pour bousiller les autres plantes, et se permet encore de sentir mauvais. On ne peut pas se tromper: ça rappelle le beurre de cacahuètes rance...
Ce qui est incroyable, c'est qu'il se trouve encore des pépiniéristes pour vendre cette sorte de peste végétale (alors qu'on ne devrait la semer par inadvertance que chez ses pires ennemis, et encore, seulement s'ils habitent très très loin).
Lorsque vous choisissez une plante pour votre jardin, renseignez-vous. Surtout que les liserons, vous les avez déjà.
Où en étais-je?... Ah oui : si d'aventure dans les rues de Bruxelles, vous croisez une particulière affublée d'un gros sac à dos et occupée à renifer des feuilles d'arbre, eh bien... venez donc me serrer la pince!
Promis, c'est pas contagieux.
A bientôt pour du tricot!

